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Insights · Arrêt du traitement

Arrêter les GLP-1 : ce que disent les preuves.

12 min de lecture Publié le 4 mai 2026

Cet article fournit une information médicale générale, et non un avis médical. Il ne remplace pas le jugement de votre médecin. Si un symptôme est sévère, persistant ou nouveau, contactez votre médecin ou un service d’urgence.

En bref

Les essais d’arrêt sont sans ambiguïté : après l’arrêt d’un GLP-1, la reprise de poids est observée chez la majorité des patients, en moyenne autour de deux tiers du poids perdu dans l’année. Ce n’est pas un échec du médicament, c’est l’expression de sa pharmacologie : l’effet est conditionnel à la prise. Cet article passe en revue ce que montrent l’extension de STEP-1, STEP-4 et SURMOUNT-4, et propose un cadre de préparation avant un arrêt programmé : décision partagée, plan d’atterrissage, fenêtre de réintroduction si la trajectoire l’exige.

1. Pourquoi un arrêt fait reprendre du poids

Les agonistes GLP-1 agissent en réduisant l’appétit central et en ralentissant la vidange gastrique. Quand on les arrête, ces effets disparaissent dans les jours à semaines qui suivent. Le corps retrouve ses signaux d’appétit antérieurs, qui sont, pour beaucoup de personnes en situation d’obésité, des signaux étalés sur la journée et plus puissants qu’en population générale. La reprise n’est pas un manque de volonté, c’est une physiologie déconditionnée.

2. L’extension de STEP-1 : deux tiers du poids repris

L’essai STEP-1 (Wilding et al., NEJM 2021)6 avait mesuré, à 68 semaines, une perte moyenne de poids de 14,9 % sous sémaglutide 2,4 mg contre 2,4 % sous placebo. Wilding JPH et collègues, dans Diabetes, Obesity and Metabolism (2022), ont ensuite suivi 327 participants de cet essai sur 52 semaines après l’arrêt simultané du sémaglutide et de l’accompagnement hygiéno-diététique de l’étude. Résultats : les participants ont repris en moyenne environ deux tiers du poids perdu dans l’année qui a suivi.1 La majorité des bénéfices cardiométaboliques (TA, lipides, HbA1c, qualité de vie) sont revenus vers la valeur initiale.

3. STEP-4 et SURMOUNT-4 : l’arrêt en conditions plus favorables

Dans STEP-4, après une induction de 20 semaines (perte moyenne 10,6 %), 803 adultes ont été randomisés 2:1 pour soit poursuivre le sémaglutide soit passer au placebo, pendant 48 semaines, avec accompagnement hygiéno-diététique dans les deux groupes.2 Le groupe poursuivant a perdu un supplément de 7,9 %, le groupe placebo a repris 6,9 %.

Dans SURMOUNT-4, après une phase d’induction ouverte de 36 semaines (tirzépatide 10 ou 15 mg, perte moyenne 20,9 %), 670 adultes ont été randomisés 1:1 pour soit poursuivre le tirzépatide, soit passer au placebo, pendant 52 semaines, avec accompagnement hygiéno-diététique dans les deux groupes. Le groupe placebo a repris en moyenne 14 % de poids.3

Le pattern est identique d’une molécule à l’autre : le médicament ne s’épuise pas, son effet est simplement conditionnel à la prise, comme un antihypertenseur cesse d’agir quand on l’arrête.

4. Et l’appétit, après un arrêt ?

Au-delà des chiffres des essais, les patients décrivent un vécu reconnaissable :

  • Dans les jours à quelques semaines, les signaux de faim deviennent plus insistants.
  • La satiété est moins rapide : les portions reprennent leur taille d’avant si rien n’est consciemment mis en place.
  • Les pensées récurrentes autour de la nourriture (que la littérature anglo-saxonne appelle food noise) reviennent.
  • Le rapport au corps évolue à nouveau, parfois en miroir de la phase initiale du traitement.

5. Le bénéfice cardiovasculaire est aussi conditionnel

L’essai SELECT (Lincoff 2023) a montré que le bénéfice cardiovasculaire du sémaglutide chez l’adulte avec maladie cardiovasculaire et surpoids ou obésité (sans diabète) s’observe sous traitement continu, avec une réduction de 20 % des événements cardiovasculaires majeurs.4 En clair : si la décision d’arrêt est prise pour une raison qui ne relève pas d’un événement indésirable inacceptable, l’horizon cardiovasculaire mérite d’être discuté explicitement.

6. Préparer un arrêt programmé : cadre en cinq points

  1. Décision partagée. Pourquoi arrêter, et qu’est-ce que vous attendez de la phase suivante ? L’arrêt est rarement un événement isolé, c’est une nouvelle phase.
  2. Plan d’atterrissage. Une trajectoire d’alimentation, d’activité physique et de suivi médical sur 12 à 24 mois, plus dense que d’habitude. C’est précisément la fenêtre où la rechute s’installe.
  3. Indicateurs de veille. Pesée mensuelle, mesure de la TA, sommeil, énergie, signaux de plaisir alimentaire. Pas de pesée quotidienne. Pas d’objectif chiffré rigide.
  4. Réintroduction possible. Si la trajectoire dérive (reprise rapide, dégradation cardiométabolique, baisse de l’humeur), la réintroduction est une option médicalement légitime, à discuter sans culpabilité. Cela suppose d’en parler en amont.
  5. Soutien comportemental. Le post-arrêt est une phase à coût mental élevé. Identifier les soutiens (médecin, diététicien, psychologue, communauté) avant l’arrêt, pas après.

7. Quand un arrêt non programmé survient (rupture, intolérance, effet indésirable)

Tous les arrêts ne sont pas planifiés. Une rupture d’approvisionnement, une intolérance qui devient inacceptable, un événement indésirable, une grossesse, un changement de couverture peuvent imposer un arrêt à un moment non choisi. Quelques principes :

  • Communiquez l’arrêt à votre médecin, même s’il est forcé. La trajectoire post-arrêt sera plus simple à accompagner.
  • Si l’arrêt est lié à un événement indésirable, gardez la trace écrite des symptômes (Boli Care le fait pour vous, sinon un carnet manuscrit suffit).
  • L’arrêt non programmé ne signifie pas que le traitement ne marchait pas, ni qu’il ne marcherait pas à nouveau plus tard.

8. Et après ? Les guidelines

NICE NG246, dans la mise à jour 2025 du cadre britannique sur la prise en charge de l’obésité, intègre l’obésité comme une condition chronique avec un suivi long, recommandant un accompagnement structuré pendant et après les interventions pharmacologiques.5 Le cadre français (HAS, recommandations sur l’obésité de l’adulte) tient une ligne convergente. Le suivi médical n’est pas optionnel après l’arrêt, c’est une étape distincte du parcours.

Boli Care garde une trace de votre trajectoire avant, pendant et après le traitement. Si une réintroduction devient utile, vous (et votre médecin) avez les données pour décider, sereinement.

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Références

  1. Wilding JPH, Batterham RL, Davies M, et al. Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes Obes Metab 2022;24(8):1553-1564. doi:10.1111/dom.14725. PMID 35441470.
  2. Rubino D, Abrahamsson N, Davies M, et al. Effect of Continued Weekly Subcutaneous Semaglutide vs Placebo on Weight Loss Maintenance: The STEP 4 Randomized Clinical Trial. JAMA 2021;325(14):1414-1425. doi:10.1001/jama.2021.3224. PMID 33755728.
  3. Aronne LJ, Sattar N, Horn DB, et al. Continued Treatment With Tirzepatide for Maintenance of Weight Reduction in Adults With Obesity: The SURMOUNT-4 Randomized Clinical Trial. JAMA 2024;331(1):38-48. doi:10.1001/jama.2023.24945. PMID 38078870.
  4. Lincoff AM, Brown-Frandsen K, Colhoun HM, et al. Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes. NEJM 2023;389(24):2221-2232. doi:10.1056/NEJMoa2307563. PMID 37952131.
  5. National Institute for Health and Care Excellence. Surpoids et obésité : prise en charge (NG246). London : NICE ; 2025 (révisé 8 janvier 2026). www.nice.org.uk/guidance/ng246.
  6. Wilding JPH, Batterham RL, Calanna S, et al. Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity. New England Journal of Medicine 2021;384(11):989-1002. doi:10.1056/NEJMoa2032183. PMID 33567185.